Depuis longtemps déjà mes courbes

Hurlent que l’appétit vient en mangeant

Mon avidité ma faim de loup

Pour ces péchés mignons mon extase fou

Ma décadence pend à mes hanches

Le prix de ma faim oui je l’avoue

J’ai péché ma mâchoire disloquée

Dans ces festins moi j’ai trop faim

Et mon estomac ce gouffre sans fin

Ce traître fatigué ce dindon de la farce

Au fil des bouchées il hurle encore

Sa digestion en désaccord

Mal à ma panse pour ma décadence

 

J’en ai bouffé de la misère

Noire comme l’enfer à la pelletée

Une misère toute attablée j’ai avalé

Au rythme des sanglots ma démesure

Ma bavette ma seule armure

Toutes ces ripailles c’était trop beau

Toutes ces assiettes cette musique de fourchettes

Dans mon corps de femme beaucoup trop vide

Jusqu’à ma robe fallait remplir

Jusqu’à l’âme pour me farcir

Cirque d’une nappe toute couchée

Sur une table des prières susurrées

 

Hier une fillette déjà cachée

Sous les brouillards dans son silence

Sa robe blanche à petites lampées

Sapait son destin fille née pour un petit pain

Sous son bras sa vieille catin

 

Aujourd’hui j’ai rien mangé

Non rien gobé là ça fera

À cet estomac ce diable d’abîme

Cet ennemi aux flancs dressé

Contre moi me condamne et me ruine

Dans ce corps cet amas de chair

Dans ma honte car l’été

Déborde sous ma robe ma peau hâlée

Je hais l’été le gras de mon bras

Tous ces gargouillis me tuent moi j’ai honte

Moi j’ai peur mon ventre crie je succombe

Un autre repas à encaisser à oublier

Toutes ces courbes à découper à effacer

Ne serai jamais fille de catalogue non

Qu’un tas de chair qui choit

Dans cette cuisine ensorcelée inanimée

Comme vide de réalité mon appétit ma folie

Une maladie que je crie qui me suit

 

Autour d’une table pas belle à voir

Toute cette beauté si dérisoire

S’est perdue dans mon assiette

Je l’ai assassinée à coups de fourchette

Cette fillette cette affamée

J’ai tué toute ma beauté

Reflet d’une femme fuyant

Le miroir de sa vie le poids de son appétit

Devant tous ces kilos ne riez pas

De moi de moi

De ma faim de ma fin

De la fin de ma faim cette fin du monde

Car mes gargouillis sonnent le glas

De ma vie dans un roulement

De hanches de dame moi je proclame

Besoin de vomir cette peau de femme

À bout d’haleine je déguste ma peine

Ce vide invisible cette faim de loup

Que je mange d’un coup que je prends que j’étreins

Et je m’étends je m’éteins

Dans ce corps en ruine ma belle épave

Ma bavette ma dernière robe à cette table